Blog du Parti Socialite :

PS 38 isère Section de La Tour du Pin

Jean Moulin : homme d’état et de conviction

Jean -Marc Ayrault a rendu ,vendredi 21 juin 2013 ,hommage à Jean Moulin fédérateur de la résistance, suite au soixantième anniversaire de son arrestation à Caluire en présence de G Colomb maire de Lyon  » J’en fais le serment ici ,chaque fois que la République , que les valeurs de la France sont bafouées je penserai à jean Moulin comme à un frère. »Le 21 juin 2013 devant le fort de Montluc où Jean Moulin fut détenu par la Gestapo le premier ministre Jean-Marc Ayrault a conclu par ses mots son discours : à Jean Moulin et à ses amis qui tombèrent dans un guet-apens fatal, dans la maison du docteur Dugoujon à Caluire.

Jean Moulin, l’unificateur de la résistance.

Jean Moulin 2010 09 15 Pont de Beauvoisin JGG

Jean Moulin, le troisième et dernier enfant de B. Plèque et d’Antonin Moulin naquit le 20 juin 1899 à Béziers. Son père est professeur de lettres classiques, puis d’ histoire au collège Henri IV. Radical socialiste, adjoint au maire de Béziers il défend le capitaine Dreyfus et fonde la société bittéroise des droits de l’homme. En 1913, il est élu conseil général du canton de Béziers. Il perd son frère en 1907 Jean et sa soeur Laure sont imprégnés de la culture méridionale par leurs parents liés d’amitié au poète Frédéric Mistral. Il suit une scolarité classique, plus attiré par le dessin que par les autres matières. Bachelier en 1917 il se laisse facilement convaincre par son père de faire son droit à la fac de Montpellier et entre à la préfecture de l’hérault. Mobilisé en 1918 il est envoyé au front dans la vallée de la Moselle puis à Verdun. Démobilisé en 1919 il retrouve son poste auprès du préfet de l’ Hérault. Il termine ses études de droit. Il expose ses aquarelles et dessins sous le pseudonyme de Romanin A cette époque il participe régulièrement à l’ Almanach Savoyard. Attiré par les milieux intellectuels et artistiques il devient l’ami de Max Jacob. En mars 1922 âgé de 26 ans il est nommé sous -préfet de la Savoie à Albertville, le plus jeune de France. IL découvre une mentalité différente de celle de son midi natal. Il se marie en septembre 1926 avec M Cerrutti, union malheureuse qui s’ achève en juin 1928. Il se lie d’ amitié avec Pierre Cot, député partageant ses idées politiques. Puis il est nommé sous-préfet à Chateaulin dans le Finistère. Fin 1932 sa carrière subit une nouvelle orientation par l’accès à des postes plus politiques. Cot secrétaire d’état aux affaires étrangères fait appel à J Moulin comme chef de cabinet. Il n’ y restera que trois mois à cause de l’ instabilité ministérielle.En 1933 il reprend ses fonctions de sous préfet à Thonon en haute Savoie. Puis, il devient chef de cabinet du ministère de l’air P Cot. Il est nommé secrétaire général à la préfecture d’Amiens où il apprend le métier de préfet en remplaçant de son chef souffrant. En 1936 Léon Blum forme le gouvernement du front populaire. Il redevient chef de cabinet de P Cot, ministre de l’ air. Il consacre sa tache à l’aide clandestine à l’ Espagne républicaine en pleine guerre civile (1936-1939). Il organise le recrutement de pilotes et l’envoi d’ avions civils et militaires. L’échec des républicains le convainc de la montée des périls. Puis en 1938 il est nommé préfet et perd la même année son père avec lequel il était très proche. Fidèle à la provence il achète une bastide avec comme horizon le Mont Ventoux et le Lubéron. En 1938 il est nommé préfet de l’ Eure et Loire à Chartres, poste enviable à proximité de Paris. Le 3 septembre 1939 à la suite de la déclaration de guerre sans charge de famille Jean Moulin estime que son devoir est de servir sous les drapeaux. Jugé comme le meilleur préfet de France on le prie de rester à son poste à Chartres, après l’ invasion de la Belgique le 10 mai 1940 pour aider les civils. Il ne reste plus que 800 habitants sur 23000 que comptait sa ville mais un peu plus d’ un million de réfugiés affluent. Le premier acte de résistance de Jean Moulin remonte au 17 juin 1940, date à laquelle il refuse sous la menace de signer un document émanant des autorités allemandes le sommant en qualité de préfet de la ville de Chartres de faire endosser aux troupes sénégalaises de l’ armée française la responsabilité de crimes perpétrés sur les civils par l’armée allemande. Le préfet est tabassé sans ménagement. Dans la nuit du 17 au 18 juin pour ne pas céder sous les coups comme il l’ explique dans son journal il tente de mettre fin à ses jours.Transporté à l’ hôpital, soigné il reprend ses activités fin juin. Ce geste héroïque isolé en fait un pionnier de la Résistance. Il exprime le refus individuel de ne pas céder à l’occupant nazi. Il reste à son poste pour protéger la population des.exactions des troupes allemandes. Le 8 novembre 1940 il est informé de sa révocation, victime de l’épuration administrative et militaire qui touche les hommes de la IIIéme république. En quittant Chartres il prend soin de se faire délivrer une carte par la préfecture au nom de Joseph Mercier, professeur de droit. Au début 1941 il défend courageusement P. Cot bête noire du gouvernement de Vichy. Il refuse tout accommodement avec Vichy et organise son départ pour Londres.I l devient le représentant du général de Gaulle pour fédérer tous les combattants en France. Parachuté avec des fonds et du matériel de transmission pour les mouvements, Rex ( son pseudo) à pour mission de les rassembler et créer l’ armée secrète unifiée. Fin 1941 une première fusion est réalisée avec création de Combat Jean Moulin nomme le général Delestraint âgé de 63 ans ( St Cyrien). Il accepte de diriger l’ armée secrète destinée à paralyser l’armée allemande. Le 17 octobre 1942 le Général de Gaulle le fait compagnon de la libération. Clandestin Jean Moulin sous ses divers pseudonymes Joseph Mercier, Rex ou Max a oeuvrer tout en effectuant des séjours à Paris, Marseille(1941) et Lyon 1942 où les mouvements constitués ont établis leur états majors. C’est à Lyon, creuset des mouvements de résistance et carrefour géographique que J Moulin s’établit au début de l’ année 1942. C’est dans un petit bouchon lyonnais (restaurant) que Daniel Cordier rencontra pour la première fois J Moulin en août 1942 avant de prendre la direction de son secrétariat et la responsabilité de la distribution des fonds aux mouvements de la résistance. ( film en deux épisodes diffusé  » la vraie vie de D. Cordier, secrétaire de Jean Moulin » sur France 2. Les auteurs de ce documentaire se sont également attachés à reproduire à l’identique les dialogues de J. Moulin avec les chefs des mouvements de résistance en présence de D. Cordier et les échanges quotidiens entre J Moulin et son secrétaire; échanges chaque matin sur l’organisation de la vie matérielle de la résistance et échanges chaque soir lors du dîner au restaurant sur la culture. Daniel Cordier, initié à la peinture par J Moulin, devient après la guerre un important marchand de tableaux et a fait à deux reprises des donations importantes aux musées français.Conscient d’être surveillé J Moulin se crée une couverture en ouvrant une galerie de peinture à Nice. Il charge ses amies C .Pons et A. Sasse de l’achat des tableaux. La galerie est inaugurée en février 1943.Pour affirmer l’ unité de la résistance et donner crédit à sa tâche Jean Moulin crée le 27 janvier 1943. Le comité directeur des mouvements de la résistance unis ( MUR) puis en mai 1943 le conseil National de la résistance, sorte de parlement clandestin réintroduisant les partis politiques et les syndicats. Christian pineau co-fondateur de Libération Nord et les socialistes militaient en faveur de cette idée. La première réunion eut lieu le 27 mai 1943 à Paris au 48 rue du Four (6ème). Le comité de la résistance constitué des huit grands groupes de la résistance 3 de zone sud Combat Libération Franc -tireur 5 de la zone Nord: l’ Ocm libération nord, Cdrr, Cdll le front national (aucune similitude avec le parti de Marine Lepen) 6 tendances (communistes, socialistes, radicaux, démocrates-chrétiens, l’alliance démocratique et la fédération républicaine), 2 syndicats la cgt et la cftc.Toutes ces composantes de la Résistance sont ainsi réunies au sein du conseil National de la résistance qui légitiment De Gaulle comme seul chef politique de la France résistante et Jean Moulin son représentant en France. La fusion est achevée. Jean Moulin a réalisé un tour de force. Il a su surmonter les divisions des différents mouvements. Mais le Général Delestraint à la tête des différents mouvements de résistance de la zone sud est arrêté à Paris le 9 juin 1943 au métro mouette. Il est placé à la maison d’ arrêt de Fresnes puis déporté au camp de concentration alsacien de Struthof puis envoyé à Dachau en septembre 1944. Il sera abattu sur ordre en mai 1945 quelques jours avant l’arrivée des alliés. Cette arrestation constitue un événement fort qui permet à la police allemande de se rapprocher de J Moulin. Un agent français au service des renseignements allemands a intercepté un message de Lyon entre Hardy et le général. Les deux hommes devaient se rencontrer au métro mouette à Paris. Dès 1943 dans la région lyonnaise ces infiltrations sont à l’origine de nombreuses arrestations de résistants ( Denoyer, Vallet Marchal etc.

L’ arrestation de Jean Moulin.

En ce 21 juin 1943, la maison du docteur Frédéric Dugoujon ,paisible bâtisse aux murs couverts de vigne vierge à Caluire et Cuire fût le théâtre du tragique épisode qui devait jeter jean Moulin dans les griffes de klaus barbie et mettre un terme a son activité héroïque. Nous sommes le lundi 21 juin 1943. Ce jour-la en début d’ après midi les principaux responsables militaires des organisations de la zone sud se rendent en ordre dispersé au rendez vous convenu place Castellanne (place Gouailhardou aujourd’ hui). C’est André Lassagne un jeune enseignant ami du docteur qui a réglé les détails de cette importante réunion où on doit se décider la nomination du remplaçant du général Delestraint.Tout

Maison Docteur Dugoujon

concourt à faire de la villa du Dr Dugoujon le cadre idéal de cette rencontre / le lieu est isolé, l’accès facile et il comporte une issue par derrière. Le cabinet médical n’attire guère l’ attention. Dès 13h30 les premiers arrivants poussent la grille du jardin de la maison. La gouvernante du docteur les accueille. Cinq sont conduits au premier étage : il y a AndréLlassagne adjoint au général Delestraint pour la zone sud (il reviendra de déportation) Bruno Larat chef national des opérations de parachutage et d’ atterrissage (mort en déportation), Heny Aubry chef de cabinet du général Delestraint incarcéré puis relâché fin 1943 comme le Dr Dugoujon, René Hardy ( instituteur) alias didot membre du mouvement combat responsable du NAP-fer qui coordonnait les sabotages ferroviaires mandaté par P. Benouville pour le remplacer à cette réunion. Les trois derniers participants accusent un retard de 45 minutes Jean Moulin le représentant du général de Gaulle arrive sous l’identité de Jacques Martel, E Scharzfeld chef du mouvement France d’abord pressenti par jean Moulin pour succéder au général Delestraint à la tête de l’ armée secrète (il mourra en déportation) Raymond Aubrac chef des groupes paramilitaires du mouvement libération attaché à l’état major de l’armée secrète. Pensant qu’il s’agit de patients ordinaires Marguerite Brossier, la gouvernante, les oriente vers la salle d’attente, située au rez de chaussée où se trouvent plusieurs patients. Un quart d’ heure ne s’est pas écoulé que la Gestapo investit la maison. André Lassagne raconte « Ce fut l’ irruption dans la pièce où nous nous trouvions de 4 ou 5 policiers allemands armés de pistolets et de mitraillettes, rapide bousculade des coups de poing et de crosse. Nous nous retrouvâmes liées par des menottes face au mur. Trois voitures attendaient place de Castellane. Quelques témoins assistent à une curieuse scène que relate la gouvernante  » J’ai vu descendre un des trois hommes qui étaient montés ensemble encadré par quatre hommes de la gestapo il s’ est enfui. Les allemands semblaient lui tirer dessus. J’étais très étonnée qu’ ils ne l’aient pas tué (c’ était Hardy). J. Moulin et les autres personnalités furent conduits au siège de la gestapo av Berthelot, puis conduits tous à Montluc. Les cellules de quelques 3 m2 accueillaient 8 détenus. Le 23 juin 1943 le Dr Dugoujon relate qu’ il a vu J Moulin sortir blessé et presque inconscient suite à un interrogatoire de k barbie. J Moulin le Dr et les autres résistants furent conduits à la prison de Fresnes. Jean Moulin, selon les écrits de Meimers Henrich affecté à la section V désigné comme interprète a été transféré à la villa Boemelburg sous le commandement du SS Sturbannfuhrer boelmelburg. Cette villa située au 40 bd V Hugo à Neuilly avait appartenu à un industriel israélite arrêté et déporté. Les caves et le premier étage étaient installés pour servir de cellules. Cette villa était réservée aux prisonniers importants. J’ ai vu dans sa cellule un homme très amaigri ne pouvant se tenir debout compte tenu de ses blessures. Il avait été frappé avec une violence inqualifiable il semblait mourant « . On m’ a précisé qu’il s’ agissait d’ un ancien préfet responsable de la résistance française ». Un docteur qui l’ a examiné a pris la décision de le transférer à hôpital de Berlin. On l’a transporté en ambulance à la gare de l’ Est. Puis sous escorte il a été installé dans un compartiment du train régulier Paris- Berlin. Il serait mort dans ce train qui le conduisait en Allemagne en gare de Metz, moins de trois semaines après son arrestation, le 8 juillet 1943, sans avoir livrer le moindre secret.

Depuis 70 ans qui a trahi J Moulin ?

Fort Montluc Lyon

Cette question ne cesse d’alimenter les polémiques. La facile évasion de René Hardy, la protection dont il semble bénéficier dans les jours qui suivent vont d’emblée le désigner comme l’auteur de la trahison. Accusé il sera jugé à Paris en 1947 et 1950 et acquitté. L’ énigme a été levée à la mort de Lydie Bastien qui a chargé son notaire de révéler après sa mort qu’elle avait été chargée par son compagnon Stengutt l’adjoint de k Barbie de séduire Hardy. Devenu sa maîtresse elle recueilla de précieux renseignements qui sont à l’ origine des arrestations du général et de J Moulin. P.Pean a écrit écrit un livre intitulé la diabolique de Caluire relatant sa vie. Ainsi R Hardy est bien au coeur de la trahison mais pas l’auteur principal.Il fut le jouet aux mains d’ une femme L Bastien, âgée de 20 ans. Elle n’a jamais été inquiétée. La chute de J.Moulin avait déstabilisé profondément l’organisation de la résistance et ses liens avec le Général de Gaulle à un moment où ce dernier essayait de restaurer son autorité auprès des alliés. Son entrée au panthéon le 19 décembre 1964 immortalise à jamais dans la mémoire collective le symbole de la résistance .

Ardent défenseur de la République et de l’état Jean Moulin a été jusqu’au sacrifice suprême pour accomplir ce qu’il estimait être son devoir.

Jeanine Gallien-Guédy

 

 

 

Commentaire :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *